nourriture
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J'aime ce qui me nourrit : le boire, le manger, les livres. La Boétie.

Mots-gourmands, mets savoureux, les mots et les mets mélangés... Dans cet espace, guidée par un appétit et une curiosité tout autant gustative que littéraire, je vous offre des mots et des expressions à base de légumes, de fruits et de nourritures terrestres.

 


Vertumnus - Arcimboldo
"Vertumnus"- Arcimboldo

A Arcimboldo

 

Il était fauché comme les blés

mais tellement fan de radis

que, pour se refaire la cerise,

il carottait, c'est bête comme un chou,

ceux qui se débrouillent comme des citrouilles

pour faire fructifier leur oseille.

 

 

Quand on navigue comme un navet

c'est tant pis pour notre pomme

on en prend plein la poire.

 

Jean L'Anselme

 


chou vert

Une tête de chouc'est un imbécile

Une feuille de chou, c'est un mauvais journal

Planter ses choux, c'est se retirer à la campagne pour prendre sa retraite

Ménager la chèvre et le chou, c'est hésiter à prendre parti

Faire ses choux gras, autrefois seuls les plus riches avaient les moyens de mettre un peu de lard dans leurs choux et les transformer en choux gras, c'est s'enrichir

Aller à travers choux, c'est agir avec étourderie

Avoir des oreilles en feuille de chou, c'est les avoir décollées

Etre bête comme un chou, c'est être très facile à comprendre

Etre chou, c'est être mignon

Rentrer dans le chou ; Ca me prend le chou, c'est comme le chou est rond, on compare souvent la tête à un chou

Etre dans les choux blancs ou faire chou blanc, c'est échouer

Choyer signifie dorloter se disait chouer au Moyen-âge, un chouchou c'est quelqu'un qui est deux fois choyé, c'est-à-dire préféré à tous les autres.

carottes

Ne vivre que de carottes, c'est vivre dans le besoin

Manger une carotte rouge en Suisse, c'est manger une betterave

La carotte et le bâton, c'est par ces deux moyens qu'il est possible de faire avancer un âne, animal entêté, en lui faisant miroiter une récompense ou par la force

Tendre une carotte, c'est donner à quelqu'un l'intérêt de faire quelque chose

Les carottes sont cuites, c'est dire que tout est perdu et qu'il n'y a plus aucun espoir

Tirer une carotte à quelqu'un, c'est lui soutirer une petite somme par un mensonge, le carotter.

La carotte, c'est un saxophone soprano chez les musiciens

Manger des carottes, rend aimable, c'est pour convaincre les enfants d'en manger

pommes

Tomber dans les pommes, c'est s'évanouir

Croquer la pomme, c'est faire l'amour

Sucer la pomme de quelqu'un, c'est l'embrasser

Etre trop bonne pomme, c'est être trop gentil ou ballot

La pomme d'Adam désigne la saillie à l'avant du cou des hommes, il est dit qu'elle vient d'un morceau de fruit resté coincé

Le beau héros Pâris décide d'offrir une pomme à la plus belle de déesses, il choisit Aphrodite provoquant la colère des autres déesses, c'est la pomme de discorde

La pomme d'arrosoir, c'est ce qui permet de répartir en douceau l'eau sur les plantes du jardin

La pomme reinette, c'est aussi le nom d'une grenouille

La pomme de pin, c'est celle qui fait le bonheur des écureuils

Un grand savant faisait la sieste sous un pommier, en voyant tomber une pomme, il eut l'idée de la théorie de l'attraction universelle, c'est la pomme de Newton

C'est pour ma pomme, c'est moi, ma tête

poires

Couper la poire en deux, faire des concessions pour arriver à une entente

Poire Belle-Hélène, dessert composé d'une poire au sirop accompagnée de crème glacée à la vanille et nappée de sauce au chocolat
Poire caoutchouc, petit ballon en forme de poire que l'on presse dans la main pour souffler l'air
Se fendre la poire, rire de façon débridée
Se payer la poire (la tête) de quelqu'un, se moquer de lui
Faire sa poire, être difficile
Être une bonne poire, être naïf, se laisser duper, se laisser mener par le bout du nez
Garder une poire pour la soif, être prévoyant, épargner pour les futurs jours difficiles
Avoir des poires d'angoisse, passer un moment désagréable ; instrument de torture en forme de poire que l'on plaçait dans la bouche des prisonniers ou des otages lors d'un cambriolage pour les bâillonner
La poire est mûre, l'occasion est favorable
C'est pour ma poire, c'est pour moi
Entre la poire et le fromage, entre deux événements à un moment de conversation libre et détendu
Poire Williams, grosse poire fondante parfumée d'origine britannique employée dans la fabrication d'eau-de-vie
Se sucer la poire, s'embrasser
 

bananes

Banane, mot portugais, venu du guinéen désignant le fruit

Une banane, c'est une sacoche fixée à une ceinture et portée sur le ventre

Une banane, c'est coupe de cheveux que portaient les premiers rockers

Une banane, c'est un "rossignol" de la "daube" c'est-à-dire un objet ou un meuble jugé invendable par les brocanteurs et les antiquaires

Une banane, c'est un nigaud, une personne ayant une pensée naïve (registre familier)

Une banane, c'est une mauvaise note (régionalisme)

Une banane, c'est une médaille, une décoration

Tomber en banane, c'est être dans une situation critique

Se faire bananer,  c'est se faire avoir

Se prendre pour une banane, à un examen, c'est subir un échec

Avoir la  banane, c'est un sourire qui étire la bouche en forme de banane

Mettre, glisser sur une peau de banane sous les pieds, les pas de quelqu'un, c'est un obstacle, une embûche, un piège tendu par une personne malintentionnée

Une république bananière, expression péjorative désignant un état dont la souveraineté est plus fictive que réelle, et qui est en fait une colonie déguisée d'un état développé

 

Etre aux fraises, c'est être dans un état second

Etre aux fraises, c'est avoir la tremblote
Aller aux fraises, c'est se promener en musardant
Parler de quelqu'un qui a une fraise sur la peau, c'est quelqu'un qui a une tâche de naissance
Avec ce pantalon, on dirait qu'il va aux fraises, c'est avoir un pantalon trop court
Avoir une bouche en fraise, c'est avoir une bouche rose et charnue
Se payer ta fraise, c'est se moquer de quelqu'un
Ramener sa fraise, c'est ramener sa tête, pour mettre son grain de sel, se manifester hors de propos
La fraise du dentiste, c'est une sorte de petite lime, toute ronde, dont la forme et la surface sont irrégulières
Sucrer les fraises, c'est trembler des mains à cause de la sénilité, l'alcool ou la maladie
Fraise de veau ou d'agneau, c'est la membrane enveloppant les intestins de l'animal
La fraise, c''est un col qui était très à la mode au XVIe siècle. Ce col était fait de dentelle plissée que l'on amidonait pour le faire tenir bien raide. On lui avait donné le nom de fraise parce que la surface de la fraise  présente elle aussi des apérités.

Oignons

oignon

oignon

oignon

 

Artichaut, vient de l'arabe alcachofa, désigne un portefeuille contenant l'artiche, l'argent et ses feuilles sont comparées à des billets de banque

Avoir un cœur d'artichaut, c'est être volage, tomber facilement et souvent amoureux, vient de l'expression Cœur d'artichaut, une feuille pour tout le monde
Faire d'une rose un artichaut, c'est transformer ce qui est beau en quelque chose d'utile
Ressembler à un artichaut fané, c'est avoir mauvaise mine

Être une asperge, c'est une personne grande et maigre, on dit que c'est une asperge montée en graine

Pousser comme une asperge, ce sont les enfants qui ont une croissance particulièrement rapide
Mettre ses asperges en bottes, c'est lorsque l'ennemi était muni de bottes adéquates, les soldats de l'armée française portaient des bandes molletières 
Aller aux asperges, c'est se prostituer

De quelques ustensiles autour du "manger" en mots...et expressions

Avoir ras le bol, c'est en avoir assez.

Ne pas être dans son assiette, c'est ne pas être dans son état normal (il s'agit de la façon de se tenir assis sur un cheval).

Être à couteaux tirés, c'est être dans une situation de grande hostilité.

Manger avec la fourchette du Père Adam, c'est manger avec les doigts.

Ne pas y aller avec le dos de la cuillère, c'est agir sans modération et faire les choses carrément.

Se noyer dans un verre d'eau, c'est être incapable de faire face à la moindre difficulté.

Une tempête dans un verre d'eauc'est beaucoup de bruit ou d'agitation pour pas grand chose.

Mettre les pieds dans le plat, c'est aborder une question délicate avec une franchise brutale.

À la louche, c'est pour désigner une grande quantité, une quantité approximative.

Jeter une bouteille à la mer, c'est une méthode d'envoi de message consistant à placer un message sur un morceau de papier, à l'insérer dans une bouteille et de le confier au hasard des vagues, dans l'espoir que quelqu'un finisse par le recevoir au gré des courants.

Avoir un bon coup de fourchette, c'est avoir un grand appétit, être un gros mangeur.

Boire la tasse, c'est avaler de l'eau en se baignant.

Traîner une casserole, c'est avoir été compromis dans une affaire douteuse.

Mettre les petits plats dans les grands, c'est lorsque l'on engage des frais.

Être à ramasser à la petite cuillère, c'est être dans un état déplorable, de fatigue extrême.

Rendre son tablier, c'est abandonner un travail, démissionner.

Faire tout un plat de quelque chose, c'est donner une importance démesurée à quelque chose.

Avoir de la bouteille, c'est acquérir de l'expérience avec l'âge.

Faire bouillir la marmite, c'est assurer la subsistance et l'entretien d'une famille.

Serrer la pince, c'est 

Avoir la tête comme une passoire, c'est quelqu'un qui n'a pas beaucoup de mémoire.

Fayot et haricot...

Le terme de fayot est apparu dans l'argot de la marine militaire en 1833 pour désigner le matelot qui se rengage.

Il faut d'abord se rappeler qu'à cette époque, le haricot (ou fayot) était une légumineuse très souvent servie au repas à bord (parce que pas chère et se conservant bien, donc embarquée en quantité).
Ensuite, le marin, ne sachant rien faire d'autre ou bien aimant réellement son métier et la discipline qui s'y rattache, ne faisait en général que se rengager dès son contrat précédent terminé et une opportunité d'embarquement ouverte. Il s'est également étendu à tout militaire se rengageant, en y ajoutant un soupçon de mépris. À la fin du XIXe siècle ou au début du XXe, selon les sources, l'origine réelle étant un peu oubliée, le fayot est finalement devenu, d'une manière générale et dans tous les milieux, celui qui fait un peu trop de zèle, qui cherche trop à plaire à ceux qui ont le pouvoir en leur manifestant une certaine servilité, et qui, s'il se fait généralement bien voir par ceux-là, se déconsidère sérieusement auprès de ses camarades.

 

                       Recette

 

 Le jour où vous serez dans votre bonne assiette, 

                        procurez-vous:

 

             un paquet d'alphabets en vrac,

     Douze cuillerées à soupe de brise vanillée

              un quartier de lune rousse 

          un zeste de sentiment (au choix)

                    750 grammes de rêve

10 centilitres d'Alcool (l’Apollinaire est recommandé)

(ou 20 centilitres si vous voulez donner leur part aux anges)

une pincée de virgules

Mélangez le tout

Faites chauffer 2 heures à 37° 5

 

Goûtez! (Si trop d'amertume, faites fondre une vieille histoire

d'amour et glacez le tout)

 

Dégustez votre poème avec quelques amis, mais un conseil : 

Ne les gavez pas !

 

Jean François Agostini

(Extrait de Qu’est-ce qui mijote dans ma marmite à mots)

Si je donne ma langue au chat, est-ce qu'il me la rendra ? anthologie de poèmes choisis par C. Galice et E. Leroyer ; illustrations d'Oréli
Si je donne ma langue au chat, est-ce qu'il me la rendra ? anthologie de poèmes choisis par C. Galice et E. Leroyer ; illustrations d'Oréli
Bon appétit
 
Quel plaisir
de déguster les mots
les avoir bien en bouche
les mâcher mâchonner mâchouiller
les mordiller les mastiquer
avec une extrême gourmandise
en savourant
les jus de mots.
 
François David